une invention

Ça a été : ainsi Barthes décrit-il l’essence de la photographie, ce qui la distingue de toute autre représentation, son noème*. Oui, ce qui est là, sur l’image, a été, indubitablement, puisque capturé par la lumière, fixé sur le verre, transféré sur le papier.

Mais ça reste, partiellement du moins, indéfini, sauf pour qui a capturé l’image, pour qui y est représenté ou pour qui connaît qui y est représenté. Ça, une partie de ça, est devenu inconnu, inconnaissable. Sans doute y aurait-il une intéressante lecture psychanalytique à faire de ce ça ainsi passé dans l’infraconscient, relégué dans l’imaginaire par la disparition ontologique du sujet représenté, désormais seulement existence, dépossédé de son essence.

Les images d’Immortalités laissent le ça photographié dans l’irreconnaissable de l’amnésie. L’écriture, alors, n’est pas de l’ordre de la mémoire, elle ne remembre pas, ne reconstruit pas : elle construit, invente et fait passer le ça du réel impossible à la fiction.

2014.10.19
* in La chambre blanche, Paris, Cahiers du cinéma Gallimard Seuil, 1980, p. 120