une fiction

Sont-ils tous morts, ceux-là et celles-là dont je ranime aujourd’hui l’image ? Peut-être pas. On ne sait pas. On peut imaginer, par exemple, qu’un enfant photographié à l’aube des années 30 du 20e siècle est aujourd’hui un vieillard qui converse sur Internet avec ses petits-enfants ou qui s’abime dans les abysses de sa mémoire dans une quelconque maison de retraite. On ne sait pas.

Et que nous importe, en fait. Puisque l’image de celui-là, de celle-là a bien été abandonnée, laissée pour morte en quelque sorte. Car ce ne sont pas les êtres réels qui se raniment ici, c’est leur image qui s’avive et devient fiction à cause même de cet abandon l’ayant livrée à l’innommé, à l’inénarrable. Tout est faux ici, donc. Du moins si on considère que la seule vérité méritant ce nom est historique, génétique, vérifiable et littérale. Mais tout est vrai aussi, désormais.

Tout relève, désormais, de cette vérité de l’image et de la pensée qui recrée l’histoire à partir des artéfacts qu’elle laisse, comme des scories, à la marge de la réalité.

2014.09.02