un désir

Parmi toutes ces images trouvées, certaines restent muettes, ne me parlent pas. La qualité du négatif n’y est pour rien et peu importe que l’image soit nette ou pas – je préfère d’ailleurs qu’elle ne le soit pas, mais c’est une autre question, une autre histoire. Certaines images ne me parlent pas parce que les personnes qui y sont représentées ne me parlent pas. Aucun contact ne se fait avec ce regard-là, aucun mouvement n’est appelé par ce geste-là, cette posture-là. Je les regarde avec indifférence et rien de leur histoire ne semble pouvoir s’imaginer pour moi, en moi.

Parmi les autres images, toutes celles qui me parlent, certaines me disent des choses que je n’aime pas entendre. J’entends l’égoïsme ou la méchanceté, la bêtise ou le conservatisme, la bigoterie ou l’arrogance. Celui qui est là, celle qui est là m’est antipathique. A priori antipathique, comme quelqu’un croisé dans la rue peut l’être, sans raison, mais avec une étonnante évidence. Je les regarde avec animosité et l’histoire qui s’imagine en moi est celle du malheur qu’ils distillent.

Or, l’écriture est un désir. Et je ne peux pas, ne veux pas, écrire quelqu’un qui m’indiffère ou qui me déplaît. Je ne veux pas inventer une immortalité pour quelqu’un qui n’en vaut pas la peine pour moi. Je laisse alors ces images reposer parmi toutes mes images, en espérant qu’un regard porté sur elles, dans quelques jours ou dans plusieurs mois, me donne à lire quelque chose comme une faille par où surgirait le désir d’une histoire, bienveillante.

2014.11.15