un décor

Dans la photo que je découvre, choisis, révèle, je cherche (presque) toujours à reconnaître : le lieu géographique, l’époque, le cadre sociologique (professionnel ou privé). Et je trouve toujours une grande satisfaction à identifier un élément : le mot Normandie à peine lisible sur la coque du paquebot, le jardin du Luxembourg grâce à la sculpture de Dalou, un atelier d’imprimeur par la presse manuelle qu’on devine, etc.

C’est comme si je trouvais dans cette reconnaissance un surplus de vraisemblance qui confinait à la vérité : il y a donc quelque chose de vrai dans l’histoire que j’écris puisque j’en (re)connais le décor, puisque j’identifie les objets, puisque je peux déduire une date à partir des costumes ou d’un édifice, etc.

Cela, ce lieu, cette chose, devient parfois une part essentielle de l’histoire, comme le diamant au doigt de l’accouchée (Eugène) ou le tablier de cuir d’Auguste. Et parfois, cela reste en arrière plan de l’écriture, dans l’inadvenu de la fiction. Car qu’importe, au fond, de savoir que l’image d’Esther est prise devant le grand hôtel Hermitage de la Baule, quand on sait, parce qu’on l’invente, que son amant périra à Auschwitz.

2014.10.18 / 2015.08.18