luce

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On voit que c’est l’été. On entend le soleil qui glisse sur la pierre et le gravier du Luxembourg. S’est-elle assise là pour se reposer ? Ou a-t-elle voulu qu’on fasse son portrait pour garder une image de sa taille arrondie par l’attente ? On ne sait pas. Imaginons, plutôt, que quelqu’un lui a dit : Oui, là, sur le banc, oui, et un peu de profil, qu’on voie bien celui-là qui grandit sous ta robe, oui, bien sûr tu es belle, oui, voilà, tu souris.

Elle hésite, on dirait. S’abandonne pourtant à l’idée de l’image que l’on veut donner d’elle. Et résiste pourtant. Son bras nu sur son ventre en protège la courbe ou la cache. Comme un chapeau protège ou cache son regard. On ne sait pas si elle sourit vraiment à cela qui l’habite, si elle est prête aux pleurs, aux attendrissements, et à l’indéfectible, et à la déchirure. Son prénom pourra-t-il la préserver des ombres ?

Derrière elle s’affirme en sa pérennité un hommage* dressé comme un symbole. Qu’elle semble ignorer, mais qui vient lui ravir son statut de sujet. Quelque chose s’oublie de celle qu’elle fut avant cet été-là. Avant que ne s’écrive en elle le début d’une histoire qu’elle ne peut encore lire, mais qui déjà l’abstrait de toute insouciance. On ne sait pas vers quelle vérité la mèneront les douleurs.

L’image de Luce est tirée d’un négatif sur verre acheté au Marché Vernaison à Saint-Ouen le 31 août 2014.
* Le monument à Scheurer-Kestner, de Jules Dalou