georges

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Peut-être est-ce le jour du départ de celui-là qui prend la mer, comme on prend parti, comme on prend peur. On ne sait pas, mais disons qu’il devance l’appel. Et il choisit la mer parce que la terre l’attend et qu’il veut retarder le moment de s’y perdre, récolte après récolte. C’est sa seule révolte.

Il n’étudiera pas comme l’a fait son frère qui a déjà perdu la posture soumise des fils de métayers. Car le père a écrit sans même savoir lire la destinée de sa progéniture. L’aîné sera notaire et pourra marier la fille du préfet ou de l’instituteur. La cadette fera ce que font les femelles. Et puisqu’il faut quelqu’un pour semer et cueillir, ce sera celui-là, que son prénom désigne.

De sa mère, il hérite les embruns de tristesse qui brouillent le regard et la résignation fragile du sourire. Car ils sont, elle et lui, de la race de ceux qui nourrissent en silence les enfants et les maîtres. Quand il aura livré son tribut à la France en rêvant d’Amsterdam, de Hambourg ou d’ailleurs, il reprendra la ferme, comme on prend patience. On ne sait pas quelles tempêtes de nostalgies et de désirs agiteront pourtant les eaux de sa mémoire.

L’image de Georges est tirée d’un négatif sur verre acheté boulevard Richard Lenoir à Paris le 25 octobre 2014.