eugène

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Tout d’abord, on ne voit qu’une femme couchée. Paisible et alanguie. Comme surexposée aux regards indiscrets. On ne sait pas qui aura pu ainsi s’approcher des courtines. Et pour surprendre quoi. Puis, on devine l’enfant. Confondu dans le blanc et n’émergeant qu’à peine de l’indifférencié d’avant la naissance. A-t-il un nom ? On ne sait pas. Ni son sexe, ni son rang dans la lignée. Ni même si sa mère l’aimera.

Pour l’heure, elle le regarde. Figé dans ses langes comme en sa destinée. C’est un fils, dirons-nous. Premier né attendu comme peuvent l’être les fils de la finance, de l’industrie ou du négoce. Et l’accouchée reposant dans le lin repassé, éloignée des souffrances et des gémissements, pourrait bien murmurer le prénom d’un aïeul transmis à l’héritier comme un engagement.

Elle, n’a plus de nom. Depuis longtemps, déjà. Assignée qu’elle fut en sa prime beauté à sa tâche d’épouse et de reproductrice. Le diamant à son doigt dit bien assez le prix de ce mirage-là qui déguise en amour l’intérêt des familles. A-t-elle consenti ? S’est-elle résignée ? A-t-elle même pu rêver. D’une autre vie ou d’une chambre à soi ? On ne sait pas. Peut-être bien plus tard le rêve viendra-t-il. Quand l’enfant ne sera plus enfant. Bien plus tard. Et peut-être. Seulement peut-être. On ne sait pas s’il y a dans son regard ce qu’il faudra d’audace et de renoncement.

L’image d’Eugène est tirée d’un négatif sur verre acheté au Marché Vernaison à Saint-Ouen le 31 août 2014