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Devant elle, il y a la mer. Et tout ce qu’elle n’imagine pas et que nul n’imagine. Car nul ne veut imaginer la perte et le fracas, et la ruine et l’exil. On ne sait pas, mais disons qu’il n’y a que la mer et qu’elle n’attend rien, ni la peur, ni l’amour, ni ceux-là qui ne reviendraient pas. Elle dormira ce soir insouciante et nue dans une chambre ouverte à toutes les perditions et à tous les sauvetages.

Mais l’heure des abandons et des ardeurs n’est pas venue. Elle s’est posée là pour que l’on prenne d’elle une image prudente, où elle seule pourra lire le secret de l’amance qui l’a emmenée là. Elle regarde la mer et n’imagine pas que le prénom qu’elle porte annonce son péril. À l’est, déjà, le ciel se couvre de cristal et de fureur. On ne sait pas le poids des étoiles lorsqu’elles tombent et s’accrochent aux revers des fortunes.

L’image d’Esther est tirée d’un négatif sur verre acheté au Marché Vernaison à Saint-Ouen le 31 août 2014