émile

emile_p

L’adolescence l’enflamme encore et cependant, déjà, il a la posture de l’homme et le costume de l’aisance. On ne sait pas, mais disons que sa route est tracée et qu’il n’eut pas jusqu’ici le loisir de penser à quelque autre voyage. Ni l’envie même. Aucune vraie souffrance, nulle perte, nul amour, nulle mort n’a brisé le miroir où il se reconnaît, promis à la richesse de ses pères.

Mais pourtant un vertige, un livre ou une femme, pourrait bien l’emmener hors de lui-même. Il pourrait traverser la frontière ténue le séparant du monde. Il pourrait renier les dieux Lares, chercher sa propre chute ou son propre triomphe, malgré l’inconvénient d’être né.

Le regard brille comme une eau vive et la courbe des lèvres paraît hésiter entre le tendre et l’amertume, entre l’espoir et le défi, entre l’aveu et l’anathème. On ne sait pas s’il cèdera, et au prix de quels doutes, à la tentation d’exister.

L’image d’Émile est tirée d’un négatif sur verre acheté pont Alexandre III à Paris le 5 avril 2015.