auguste

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Les manches relevées et le grand tablier étalé sur ses cuisses disent l’art et le feu. Et l’idée de la forme que le regard dessine et que la main façonne comme on forge un destin. Il a l’âge du fer qui l’épuise et qui lui survivra. Mais un prénom ne suffit pas à franchir la frontière entre l’ouvrage et l’œuvre. Et on peut être vieux à vingt ans si les livres se ferment avant qu’on les ait lus.

L’objectif l’a surpris au milieu d’une phrase et la question qu’il pose ou le jour qu’il raconte demeurent suspendus. On ne sait pas, mais disons qu’il parlait de l’automne ou d’une guerre ancienne, de celles qu’on livre par la force des choses contre la rouille ou contre l’ignorance. Malgré soi ou pour soi.

Peut-être aura-t-il vu, juste avant de s’asseoir, la fatigue des feuilles dans la lumière d’août et sa propre fatigue. Il n’attend pas la mort, il la connaît. Il sait qu’elle vient quand elle veut. Et que les guerres passent. On ne sait pas quelles figures ne seront jamais nées autrement qu’en ce rêve qui l’emporte parfois quand le métal se courbe.

L’image d’Auguste est tirée d’un négatif sur verre acheté au boulevard Richard Lenoir à Paris le 26 octobre 2014