adrienne

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Il y a la voiture, sa calandre et ses phares comme un regard aveugle et nous fixant pourtant. Et quelqu’un qu’on devine, ses cheveux éblouis, ses épaules et ses bras. Une petite fille, assise sur le capot comme pour un voyage. On ne sait pas, mais disons que c’est une petite fille. Celle-là parmi tant qui furent emportées ne laissant qu’un prénom dans la pierre.

On ne sait pas qui elle voit devant elle, qui l’aurait prise dans ses bras pour la poser, là, pour la poser. On ne sait pas même si elle voit devant elle. Et que pourrait-elle voir ? La lumière l’abime et l’enfance la tue. Elle sait sans savoir qu’elle n’ira jamais jusqu’au cri de l’amour. Arrêtée dans sa course aux frontières des sens.

Elle n’a pas de visage. Ou l’a perdu déjà, comme son image s’enfuira même de la mémoire de celle qui la mit au monde. Lorsque les années auront passé, lorsqu’elle aura grandi et se sera enfuie bien malgré elle bien au-delà de toutes les routes possibles. On ne sait pas comment la mort l’enflamme déjà.

L’image d’Adrienne est tirée d’un négatif provenant des archives de l’auteure.